20.12.07

I ain't made at cha


Sept septembre mille neuf cent quatre-vingt seize, Las Vegas, Nevada.
Ce soir là, dans la Vallée de la mort, la température ne voulait plus redescendre comme souvent dans la région. Le nuit battait son plein, le show était de mise comme tous les jours dans la ville de tous les loisirs. Un match de boxe faisait sensation, bien qu'il n'eut duré que quatre-vingt dix petites secondes.La soirée terminée, deux hommes sortirent dehors pour admirer la ville aux mille lumières, entre deux casinos,il faisait encore trente cinq degrés. A peine furent-ils montés en voiture, sortis du MGM Grand Hotel et son lion rugissant, que l'un deux, , surnommé Tupac Amaru Shakur, essuya les tirs d'un homme embusqué, tirs qui lui seront fatals, sept jours plus tard, à l'hôpital. Ce jour là, le monde entier était en émoi, la guerre des gangs faisait rage aux Etats-Unis, et laissait derrière elle des millions de fans inconsolables, qui venaient de perdre l'un des plus grands artistes musicaux de la fin du XXe siècle.
Voici l'histoire telle que tout le monde la connaît. Les rivalités Est-Ouest des gangs américains ont gagné le milieu du hip-hop et ont fini par coûter la vie à Tupac, appartenant au label angélique Death Row, et celle de Notorious B.I.G., signé sur le label new yorkais Bad Boys n'allant pas tarder à finir prématurément également. Ce que l'on sait beaucoup moins, c'est que l'ami de Snoop Dogg, dont vous avez tous au moins mimé une fois le signe distinctif, qui se veut représenter la Côte Ouest (le fameux "W", attention je vous vois le faire derrière votre écran), est né à...East Harlem, un quartier du nord de Manhattan !
Comment tout a-t-il dégénéré ? Comment cet homme, natif new yorkais est devenu le représentant de la West Coast ? Pourquoi cela a-t-il engendré tant de haine (je sens que je vais encore avoir le droit à un "mais quelle naïveté") ?
Au milieu des années 80, Reegan et sa main de fer sévissaient sur le Nouveau Monde et Maradonna essayait de révinventer le football. C'étaient les débuts du disque compact, et l'apparition du Hip-Hop aux Etats-Unis, Biggie et Tupac étaient alors deux jeunes adolescents, et flanaient le coeur en joie dans les rues ensoleillées de New York (quoi ? comment ça, ça s'est pas passé comme ça ?).
Peu après son déménagement à Oakland, les textes de Tupac commencent à se faire connaître dira-t-on d'un doux euphémisme, avec l'album 2Pacalypse Now et celui qui se faisait appeler MC New York dans le Maryland, était fin prêt à ebranler l’Amérique. Il n'hésitait pas à faire monter son ami Notorious B.I.G. sur scène ,comme l'atteste cette archive classée secret défense que l'INA m'a permis de diffuser non sans avoir acquis certaines accréditations.

La notoriété de Notorious B.I.G. commença alors à grandir, et Sean Combs le fit signer (Puff Daddy pour les intimes, puis P Diddy, puis Diddy, puis D, maintenant il se fait appeler |, c'est juste la barre du D) En parallèle, Tupac sort Strictly 4 my NIGGAZ, qui devient à son tour disque de platine. Nous sommes au début de l'année 1993, et tout va bien dans le meilleur des mondes, Tupac est calibré pour devenir le meilleur rappeur de l'histoire du Hip-Hop et Biggie commence à faire son trou.
Oui mais voilà, tout n'est pas rose au paradis et les choses vont vite se dégrader.
Au début de l'année suivante, Tupac Shakur est reconnu coupable d'agression sexuelle sur une fan avec deux de ses compères. Il est condamné à quatre ans et demi de prison (il aurait du y rester ! Comme ça il serait sorti en vie en 1997 ! Enfin rien n’est moins sûr…). Le lendemain du verdict, il se fait tirer dessus alors qu'il se trouve dans un studio d'enregistrement à New York, juste avant de servir sa peine.Alors que Tupac vit des déboires à n'en plus finir, Biggie va sortir son premier album,Ready to Die en 1994.
C'est à cet instant précis que tout va basculer (stop, arrêt sur image!).
Tupac en prison, ronge son frein. Son ami de toujours dont il est persuadé qu'il a quelque chose à voir avec sa tentative de meutre à New York (le commanditaire serait un certain Stretch Walker de son ancien groupe, Live Squad, qui s'apprêtait à partir chez Bad Boys Records et qui fut assassiné un an jour pour jour après la mort de Tupac), vend des disques qui ressemblent aux siens, rappe sur la vie de 2Pac, utilise ses rimes...il gagne son fric et veut le faire descendre (sympa l'ami, non ?) !
Peu après, la sortie de prison de Tupac est monayée par Suge Knight l'emblématique patron de Death Row Records (un mec qui fait tellement peur que Dr Dre en personne se fera faire un décret d'éloignement pour que Suge n'ait pas le droit de l'approcher !).
Ce passage en prison a coïncidé avec une crise de violence chez Tupac et alors qu'il n'avait jamais été jusque-là proche des gangs, il est devenu très lié à celui des Mob Piru Bloods (à Los Angeles, il y a deux gangs, les Crips et les Bloods, qui sont à la tête de plusieurs centaines d'autres gangs). On est bien loin de l'image d'un jeune homme plein de charisme, d'ambition et d'humour, déterminé à sortir d'une enfance difficile et qui, bien loin de l'image de la violence et des gangs, était un assidu des cours de comédie et de poésie.

Le 13 février 1996, son quatrième et double-album "All Eyez On Me" sort. Ce chef d'oeuvre est un long déluge de rage. En sera extrait le super hit et hymne "California Love" en compagnie de Dr Dre, "2 Amerikaz Most Wanted", j'en passe et des meilleures. Mais 2pac, n'en démordra pas, Biggie et son crew sont réponsables de sa tentative de meutre (on parle également d'un Puff Daddy énervé que Tupac ait préféré Death Row à Bad Boys Records). Il s'est rapproché des gangs de Los Angeles, ses pires ennemis ont main bassse sur le hip-hip new yorkais, ce sont autant de raisons pour le voir définitivement tirer un trait sur la côte est et son New York natal.
La suite tout le monde la connaît, Tupac est asssassiné, puis Notorious B.I.G. subit le même sort un an plus tard. A ce jour, aucun des deux meurtres n'est élucidé. Guerre de gangs ? Producteur mégalo ? (Suge Knight aurait supprimé Tupac, parce qu'on parle toujours au conditionnel dans cette histoire, car il lui devait plus de 17 millions de dollars de royalties et que ce dernier voulait faire carrière au cinéma). On ne le saura jamais, mais une chose est sûre, le LAPD, dont bon nombre de flics ripoux étaient proches de Suge, s’est fait un plaisir de bâcler l'affaire.
Le charismatique 2Pac Shakur , génie du flow et des textes précis et percutant est parti un peu vite et on parle encore dix ans après. Lui qui s’était destiné à une magnifique carrière artistique aura finalement eu son heure de gloire. Dommage qu’il n’en ait profité que quelques minutes. Avec lui c’est la plus grande époque du hip-hop qui s’en est allé. Et au vu de ce que nous réservent les années 2000 dans le domaine, on pensera bibliquement que le hip-hop va pleurer son roi, pendant encore des siècles et des siècles, et des siècles et des siècles…

30.11.07

Place of Birth - Le tri...pop.


Quel meilleur jeu de mot pourrait introduire l'histoire du trip-hop ? Je vous le demande ! Quoiqu'il en soit, cessons de nous jeter des fleurs pour rien, et arrêtons nous un moment sur les balbutiements de cette intriguante musique.
A l'heure de la lutte contre le réchauffement climatique, et d'un mouvement écologique sans précédent (qui s'en plaindrait ? J'ai envie de dire : enfin !), la tendance est au recyclage et au tri selectif. La musique n'y échappe pas, bien au contraire, et on voit de plus en plus fleurir des pochettes en carton accompagner les dernières créations machiavéliques de nos si sympathiques artistes. Si, si je vous assure, il y en a encore qui achètent leurs cds, par exemple, au hasard : moi. J'en profite d'ailleurs, une fois n'est pas coutume, pour faire de la publicité, et ce ne sera malheureusement pas pour un petit disquaire indie du coin de la rue, mais pour le plus grand évènement que Villebon-sur-Yvette ait connu depuis la victoire de nos volleyeuses en Coupe d'Europe en 2003 : je vous le donne en mille, une Fnac ouvre ses portes aujourd'hui dans la ville des bons ! Conscient de lancer le plus gros "buzz" internet de l'année 2007 je vais malgré tout revenir à mes moutons.
La musique c'est un peu comme les poubelles en Allemagne (quoi, ô lecteur fidèle, tu es perdu ?), on ne sait plus trop qui va avec quoi. Que faire d'une musique influencée par le hip-hop, mélant jazz, soul rock et autre blues avec un soupçon d'électro ? A part de la carctériser à l'aide de ces sempiternels adjectifs qui n'aident pas vraiment à savoir de quoi il est question, notamment les "c'est atypique", et autre, "dis donc, c'est très éclectique comme musique" ? Et bien justement, c'est exactement de ça dont il s'agit, le trip-hop englobe toutes les musiques éclectiques qui n'apppartiennent à aucune autre catégorie. Reconstitons les fait pour en savoir un peu plus.
En 1990, un petit groupe de Bristol, nommé Massive Attack, sort un album intitulé Blue Lines qui va étonner la critique par son côté sombre/mélancolique et son univers musical s'apparentant à un véritable melting pot sonore.
Parallèlement, en 1991, DJ Shadow, qui officie entre autres dans le groupe Public Enemy, profitera de la création de la maison de disque Solesides avec d'autres amis rappeurs, pour sortir quelques titres et notamment In/Flux où des samples totalement différents flirtent les uns avec les autres, dans un style totalement expérimental. L'abstract hip-hop était né.
Les critiques se passent le mot, et c'est un journaliste anglais du magazine Muzzik qui utilisera pour la première fois le terme, en contractant le mot absrtact jusqu'à n'obtenir que la simple lettre "t" pour écrire : "this is trip-hop". Et c'est ainsi que l'on trouva un nom à la musique de Massive Attack et tous ses rejetons du nord de l'Angleterre.
Musicalement parlant, on est vraiment dans la définition du mot argotique, "tripper" : cette musique mélangeant plusieurs pistes superposées, donnant une sonorité très riches, accompagnée de voix souvent très posées aux textes mélancoliques et aux phrasés abstraits pour donner un style très "planant".
Si l'on n'avait à retenir que quelques artistes dans un monde aussi grand que le trip-hop (qui a engendré l'acid-jazz, l'electro-dub et la french-touch, une vraie fourmillière...), faisons la part belle aux essences de ce mouvement.
Portishead, tout d'abord , de Brisol eux aussi, qui en 1994, ont tapé un grand coup de bambou derrière nos têtes, en sortant Dummy et son Glory Box, qui restera pour moi une des chansons les plus inquiétantes et intriguantes que j'ai jamais écouté avec ces petits grésillements de vieux vinyles, cette ambiance de musique de film et cette voix cassée, presque déchirée, déchirante, en tout cas. Cette alchimie, cette ambiance si particulière est vraiment propre au trip-hop. On rêve, on plane, on fleurte avec le psychédélique, tout en gardant les pieds sur terre.

Morcheeba a également sa place dans ce coup de coeur bien "trippant", avec sa musique oscillant entre la pop et l'expérimental (Mor pour "middle of the road", et Skye Edwards et les frères Godefrey ne savant pas trop laquelle prendre...). Originaires, eux aussi, de la Perfide albion, mais Dover cette fois-ci (Douvres pour les intimes), Morcheeba est apparu avec Who Can You Trust en 1996 et deux en plus tard, avec Big Calm et le mystérieux Blindfold.

Avec ces deux groupes et la bande à Tricky, les anglais avaient leur alternative à la brit-pop, qui commençait un peu à s'éssoufler. J'avais 12 ans à cette époque, et je n'étais sûrement pas assez armé pour affronter cet univers trépidant (surement trop occupé à écouter les Rage).
Même plus tard d'ailleurs, je n'avais toujours pas de quoi me défendre, je n'ai donc pas pu résister à cette massive attaque...

27.11.07

Listen all you New Yorkers.


Groupe inclassable parmi les groupes sans étiquettes, parlons aujourd'hui d'un trio atypique qui passe sur les ondes depuis plus de vingt cinq ans maintenant...
Si comme moi vous avez découvert MTV au milieu des années 90, vous avez certainement déjà vu ce clip où des robots géants envahissent les rues de New York sur un fond de guerre des étoiles remixée ou encore ces pastiches de flics, ray-ban et perruques ajustés se livrant à une course poursuite sans fin le tout sur une musique incisive (on peut appeler ça de la fusion, quoique le terme est vaste) dans un clip au titre francisé, Sabotage...
Si ça vous dit effectivement quelque chose, c'est que vous connaissez les Beastie Boys, peut-être même sans le savoir d'ailleurs !

Le trio old-school composé de Michael "Mike D" Diamond, Adam "MCA" Yauch et Adam "Ad-Rock" Horovitz (sous sa forme actuelle) a donc longtemps navigué entre deux univers.
Celui du punk-rock tout d'abord à époque où ils s'appelaient encore The Young Aborigines puis
ils prirent une tout autre dimension en entrant de plein fouet dans le mouvement contre-culturel (ça sonne mieux "underground" non ? pourquoi ?) le plus en vue de ces trente dernières années, j'ai nommé le hip-hop. Et de quelle façon ! Licensed To Ill, leur premier album devient le premier disque de Hip-Hop à atteindre la première place des charts américains, en 1986. Ca fait beaucoup de premières fois pour un groupe qui n'en demandait pas tant !
Les trois new-yorkais complètement délurés sont aussi des adeptes du "come-back". Après cet album tonitruant, deux opus suivront, Paul's Boutique et Check Your Heat, plutôt bien accueillis autant par la critique que par le public. Mais c'est en 1994 (huit ans après leur premier tube (You Gotta) Fight for Your Right (to Party)) qu'ils vont encore une fois casser la baraque (et cette fois-ci quelquechose de soigné !) avec l'énormissime Ill Communication et son très fusionnel Sabotage. "Listen of all y'all it's sabotage !"


Les trois musiciens accèdent alors au rang de véritables stars. Les concerts aux Etats-unis sont
"sold out" en quelques minutes, tout le monde se bouscule pour voir ce mélange explosif remixé à grosse dose de samples !
Les Beastie Boys ne sont pas seulement des gars complètement barrés qui mélangent le décalé et l'underground, ils savent aussi être concernés et responsables, comme en témoigne leur idée d'organiser en 1996 le premier "Tibetan Freedom Concert" à San Francisco. Mais ces garçons enragés ne vont pas s'arreter sur ces succès et va arriver en 1998, le fameux Hello Nasty, qui va les faire définivement glisser sur la pente de l'électro-hip-hop, comme en témoigne l'extra-terrestre Intergalactic ou encore Body Movin'. Mix Master Mike est devenu leur "DJ résident" depuis cet album et ses scratchs coupant comme des lames de rasoir rajoutent à la qualité de la galette.
Après autant de rebondissements, on pouvait s'attendre à tout. Mais c'est le moins bien qui pointa son nez: ils sortent un best of en 1999 pour couronner 20 ans de bons et loyaux services, puis leur label, Grand Royal, fait faillite en 2001, tout le monde remballe, la fête est finie. Est-ce la fin des Beastie Boys ? Appartiennent-ils déjà au passé ? Non, personne n'ose y croire, ils vont revenir c'est sûr.
Et ce qui devait arriver, arriva. The Beastie Boys are back on the scene for the people's delight ! En 2004, l'album hommage à leur ville natale, la mythique New York , vient fracasser les ondes à grands coup de micros et de platine ! Il s'intitule sobrement To The Five Boroughs, périphrase de la Grosse Pomme (qui est aussi une périphrase de...ok stop !), la ville étant la réunion de cinq arrondissements : Brooklyn, le Bronx, Queens, Staten Island et Manhattan (enfin des gros arrondissements, Brooklyn serait à elle seule la 4e ville des Etats-Unis si elle était indépendante !). Cette oeuvre est un retour aux sources, et sonne véritablement rétro avec un retour aux bons vieux breakbeats des familles comme en témoigne le titre d'introduction, Check-it Out.

Tout est parfaitement calé, les boucles sont matrîsés et le flow est posé comme le trio sait le faire. Le son est plus électro et épuré que sur leur précédent album, comme dans l'excellent Triple Trouble, ou encore Oh Word? qui nous projette dans le New York des années 80.
Un petit sample de Run DMC par là sur 3 the Hard way, quelques phrases en français par-ci avec ce sympathique accent new-yorkais (Ceci cela, oh n'est-ce pas, qu'est-ce que c'est le brouhaha) sur The Brouhaha, To The Five Boroughs a toutes les qualités requises pour devenir un must (un "must have" en fait, je ne savais même pas que l'expression venait de là).
Ils usent et abusent des jeux de mots (le président des Etats-Unis en prend pour son grade)
et des blagues jusqu'à partir carrément dans leur trip (écoutez la fin de It takes time to build...ou le début de Hey Fuck You et ses...chabadu, chabadi !). C'est du vrai Beastie Boys, tout est là, les textes, le son, les arrangements. La plupart des chansons ont un rythme qui vous résonne dans la tête jusqu'à la fin de la journée, et ça c'est vraiment bon (We got the, we got the, we got the...)
Le plus étonnant dans cette album est incontestablement le côté beaucoup plus sombre du trio qu'ils n'ont pas du tout l'habitude de montrer, et qu'on peut entendre sur le gros, gros titre de l'album : An Open Letter To NYC. On vit vraiment dans cette chanson, jusqu'à en avoir des frissons, l'après 9/11 de cette ville meurtrie qui a su malgré tout, contre vents et marées, garder le cap, pour rester une des villes les plus fascinantes de notre petite planête.
Je m'éclipse sans bruit pour vous laisser apprécier cette véritable déclaration d'amour et son refrain particulièrement émouvant :
“ Brooklyn, Bronx, Queens and Staten, from the Battery to the top of Manhattan, Asian, Middle Eastern and Latin, Black, White, New York, you make it happen.”

24.11.07

No one is'ah running...

A quoi sert un show case ? Sinon a faire la promo d'un artiste déjà complètement bombardée sur les ondes ? La voilà notre troisième guerre mondiale (n'ayons pas peur des mots...), celle de l'industrie du disque. La musique commerciale n'est pourtant pas du tout dans le vent, on est "in" de nos jours quand on écoute de la musique "underground". Qui n'a pas entendu un jour cette petite phrase assissine qui vous ferait détester votre plus fervent artiste : "ah moi je n'écoute pas ça, c'est bien trop commercial".
En une petite suite de mots, tout votre système de valeurs se voit remis en question. Pourquoi ? Parce que la musique que vous écoutez touche plus de gens ? Parce que vous suivez la vague comme un mouton qui a besoin qu'on lui mâche son herbe ? Et bien non, ca ne se passe pas tout à fait comme ça. Hier, j'étais à l'une de ces représentations commerciales, justement, sur les Champs-Elysées. A peine sorti du boulot j'attendais Asa, au milieu des cd et dvds, en plein centre du magasin. Nous étions une petite trentaine à nous approcher de cette scène improvisée composée de trois chaises, deux petites enceintes et deux micros.
Une jeune femme aux airs de Whoopi Goldberg entra avec sa choriste, et Mister Nicolas, son guitariste. La prestation fut courte mais intense, une demi-douzaine de chansons étaient au programme (un vrai concert en fait, pour une artiste qui n'a que dix chansons sur son premier album). Asa, la principale intéressée, jeune nigérianne né à Paris et vivant a Lagos, su parfaitement jouer avec son public et réchauffa l'assistance en vue de la fraîcheur de ce début de week-end.
Car effectivement sa musique agit comme la météo, elle joue une musique rafraîchissante qui contraste avec sa voix chaude et profonde, qui vient de là-bas comme on dit, et nous fait voyager par delà les nuages à travers ses chansons en yoruba et en anglais, ses deux langues maternelles. Etait-ce à force d'écouter sa chanson qui passe vingt fois par jour que j'ai apprécié ? Ai-je acheté le cd juste après, dopé par cet effet commercial en la forme de ce concert complètement intimiste (pour le coup, j'avais vraiment l'impression qu'elle jouait pour moi) ?
Et non, j'avais déjà le cd en poche et je n'ai encore jamais entendu cette chanson à la radio.
Il m'a fallu une fois, une seule écoute pour courir chez mon disquaire (le gars qui vit encore dans les années 80...). Je suis tombé sur cette vidéo et ça m'a suffit. Comme quoi, le talent pousse peut être trop fort la porte de la célebrité, certaines fois...




9.11.07

Ayo, will you marry me ?


Il est des moments dans une vie où le temps nous donne l'impression de s'arrêter, comme si seul le microcosme nous entourant était encore en fonctionnement et que tout avait cessé d'exister au-delà. Ce soir là en était un, un endroit universel, pour un concert intemporel.
Une fois sortie de la bouche de métro avec la Clairounette, comme Jey aime bien l'appeler,un monde totalement différent s'offrit à nous. Perdus dans la brousse villetoise, nous marchions déjà depuis de longues minutes, longeant les points d'eau, seul espoir de survie en cette chaude soirée d'hiver. Deux rivières, de part et d'autre, nous amenait tranquillement, au bout du monde...Nous nous sommes arrêtés pour nous abriter quand la mousson fût venue, et quelle ne fut pas notre surprise, sous ce chapiteau improvisé.
Elle était là tranquille, imperturbable, avec sa longue chevelure tressée, occupée à dompter ce cabaret, presque sauvage. Oui, sauvage, un cabaret sauvage. Cette foule était venue, passionnée, mais comptait bien en avoir pour son argent. On pouvait apercevoir Tryo au fond du bar, et ses musiciens tranquillement accoudés au comptoir, un public de connaisseurs en somme.
Alors, quand au bout de seulement trois chansons, la jolie princesse Ayo perdit son retour (et sans retour elle n'entend pas assez les autres musiciens pour pouvoir se synchroniser, à ne pas confondre avec le feedback qui est une sorte de "larsen agréable"), la suite des événements prit une tournure proprement hallucinante.
D'un côté, la foule désemparée, déjà prêt à tomber amoureux, qui voit son concert se terminer au bout de cinq minutes. De l'autre ce petit bout de femme, au sourire ravageur, et au visage si expressif qu'il ferait chialer la plus épaisse des brutes qui agit dans ce bas monde. Elle rit, elle sourit, on dirait qu'elle peut pleurer à chaque instant (un concert à fleur de peau !), elle aime trop Paris, c'est son dernier concert, tout va-t-il être gâché par un petit détail technique ? Non, Ayo paraît fragile mais elle a la force des très grandes, elle se met à improviser avec son accent irrésistible, venu de loin, mi-tzigane mi-nigérian, pendant que ses musiciens meublent avec une bonne rythmique : "Here I am in Paris, here I am in Paris, I love France and I love you, and what I say is so true."Le public est hilare, elle joue, elle rigole aussi, toujours en inventant ses mots, elle communique beaucoup, les spectateurs jouent le jeu, la soirée est enfin lancée. Elle nous propose ensuite de nous jouer quelques nouvelles chansons mais elle a décidément très peur que le public tombe dans l'ennui (elle aurait surtout du s'inquiéter pour ma mâchoire, j'ai passé la soirée littéralement bouche bée, à ne pas en croire mes yeux ni mes oreilles!).
Une fois ses nouveaux titres jouées, elle se lance dans une incroyable session d'invitations, qui commence par DJ Taïchi, qui débarque sur scène avec ses platines, et là, scène originale : le dj commence à scratcher, les musiciens accompagnent le beat et Ayo se met à rapper !
Mais nous n'étions pas au bout de nos surprises. Quelques minutes après c'est Sly et Sir Samuel du Saïan Supa Crew qui la rejoignent pour lui donner un coup de main ! Le rap laisse place au reggae-ragga, on passe du coq à l'âne, puis la demoiselle veut chanter sur un air funky, hop les musiciens s'exécutent !
Deux heures de concert sont passées déjà et Daniel (le Da de Mamagubida) a rejoint Ayo entre temps, pour jouer du cajon (prononcez "carrrone" à l'espagnole), sorte de petite caisse carrée sur laquelle on s'assoit et que l'on tape en guise de percussions (un objet que Leon Mobley, un "criminel innocent", affectionne également). Après autant d'énergie dépensée (la foule est en délire, Ayo ne s'arrête plus !), place à un peu de calme avec une version émouvante de How many Times, accompagnée d'un violoniste. Voici la version moins émouvante (mais quand même !):

Et là le plus improbable de cette soirée complètement improbable va arriver, notre jolie chanteuse décide qu'elle ne se sent pas assez proche de son public, elle prend donc l'initiative de descendre danser et chanter avec nous ! Et ce n'est pas pour y rester trente secondes, mais plus une bonne vingtaine de minutes !
On l'aura compris Ayo ne fait pas semblant et quand elle veut donner, elle donne sans compter. Revenue sur scène, la belle joue les ballerines, sur un morceau de piano qui ressemble à s’y méprendre à du Yann Tiersen dans Amélie Poulain, puis danse la salsa sur commande (oui, on est dans le grand n'importe quoi, le concert qui n'a pas de sens, je vous l'accorde) !
On va tranquillement vers la fin et Ayo nous quitte quelques secondes pour revenir avec le très charismatique Patrice (son mari) pour un duo très "love", avec blague et drague au menu, très beau encore une fois. Vous vous imaginez bien qu'à cet instant, je ne pourrais pas dire que j'étais bluffé car le mot n'était plus assez fort. C'est le moment qu'elle choisit pour jouer son fameux Down on my knees et finir en beauté.
Je voulais faire un article sur "le meilleur concert du monde ever", mais là je ne sais plus trop quoi penser (peut être à arrêter de faire des classements entre des concerts qui ne se ressemble pas qui sait ?) Il y a tout eu ce soir là, et Ayo m'a vraiment séduit par son naturel et son amour de la musique, de la vie en général (euh...à oui, et son sourire m'a fait fondre aussi je l’ai dit ça ?), et comme la miss l'a très bien dit : "La musique a ça de magique, c'est que tout le monde se comprend car nous parlons tous la même langue, après tout". Reçu cinq sur cinq ma belle !

31.10.07

Place of Birth - Funky Brewster !


On a souvent l’habitude d’entendre : « les voies des genres musicaux sont impénétrables », et ce à bon escient. Pourquoi la musique de James Brown, le Créateur, comme on l’appelait souvent, par exemple a-t-elle débouché sur l’apparition du funk ? S’est-il assis à son bureau un soir, et en regardant ses partitions s’est-il exclamé : « tiens c’est funky, je vais appeler ça du funk » ?Mais qu’est-ce donc qui régit la création d’un type de musique ? Par quoi tout commence ? Prenons donc deux genres bien distincts pour essayer de comprendre ce phénomène : la funk et le trip-hop.
Est-ce que quelqu’un s’est déjà demandé ce que voulait bien dire le mot funk ? Je vous avoue que jusqu’à aujourd’hui, pour moi funk voulait dire funk. La seule définition que j’avais de funk c’était quelque chose de funky (on va aller loin avec ça…), d’enjoué, fait d’une myriade d’instrument un truc qui fait que votre corps se met à bouger tout seul, presque instinctivement. Une musique qui vous guide, vous vous sentez comme un cobra devant un joueur de flûte, c’est irrésistible. Et ce n’est pas Maceo Parker qui dira le contraire : « "Le funk, c'est un style fait pour ceux qui veulent danser et s'amuser, un style permettant de lever d'emblée toute inhibition. »
Donc la funk amène le funky et inversement. C’est un peu le chat qui se mord la queue, on n’en voit pas la fin. Oui mais ça veut dire quoi en vrai ?
Et bien, après investigation , des jours d’enquêtes, des nuits d’analyse, votre Champolion de la partition a trouvé la réponse, on trouverait l’origine de la funk …en Belgique ! Oui, monsieur !
En flammand, fonck est synonyme de peur, d’épouvante, au XVIIe siècle. Et qu’est-ce qui se passe quand on a peur ? On sue à grosses gouttes. Et de là va découler le mot funk, qui désigne plus généralement la sueur et les odeurs corporelles (on parle même d’une origine française pour la funk, du mot « fumet » ou d’une origine angolaise du mot « lu-fuki » en kikongo, les historiens musicos ne sont pas très clairs là-dessus).
Par la suite, l’Amérique va s’approprier le mot funk pour désigner toute odeur puissante et forte, et plus particulièrement celle qui accompagne l’acte sexuel. Vous l’aurez sûrement trouvé tout seul, les homophonies entre « funk » et l’argot américain « fuck » auront contribué à l’évolution du mot. Rien d'étonnant alors à ce que le mot funk envahisse l'univers de la musique populaire noire, que cette vieille Amérique puritaine considère comme proprement obscène.
Rendons donc à César ce qui appartient à César, les débuts de la funk seront officialisés par le titre du Créateur, « Cold Sweat ». Voilà où et comment le funk était né, et ça donnait de sacrées sueurs froides à l'époque !
De GrandMaster Flash a Georges Clinton, en passant par le Funky man de Kool & the Gang et les psychédéliques Sly and The Family Stone, ou encore les trois éléments indispensables du genre, Earth, Wind and Fire, la funk aura depuis, littéralement inondé les dance floors et c’est pas pour nous déplaire !
Attention, vous allez avoir une irrémédiable envie de bouger (Fais gaffe Axel, tes bras vont scratcher !). Are you ready ?

24.10.07

Welcome to the cruel world


La musique que nous écoutons est en partie dictée par notre environnement. Certes, nos propres goûts entrent en jeu, mais on écoute souvent un artiste à la suite d'un "tiens, il faut que tu écoutes ça !" ou un "c'est qui un tel ?". On se détache de plus en plus, et grand bien nous en fait, du processus de l'industrie du disque (qui part à vau-l'eau soit dit en passant, si personne ne l'avait remarqué) : j'allume ma radio, j'écoute, j'accroche, on bombarde donc j'achète.
C'est donc par une belle journée ensoleillée de la fin de l'année 2004, en plein exposé de communication (j'ai presque envie de dire que ça me manque mais je n'irai quand même pas jusque là !), que je me prêtais au jeu du "c'est qui qui chante ?" en lançant un "c'est qui Tracy Chapman ?". Cette requête fut accueillie comme il se doit, c'est-à-dire par un brouhaha général agrémenté de quelques offusquements du genre "Le mec il ne connaît pas Tracy Chapman, la honte !".
Non, je n'avais pas vécu sur une île déserte ou dans une grotte pendant dix ans, et je ne me réveillais pas non plus d'une longue période de coma. Toujours est-il que pour moi, je savais qui elle était sans le savoir, et on m'en aurait fait écouter un titre je ne serais pas passé pour le dernier des Mohicans. Mais soit, j'ai appris dès lors à découvrir son univers et à surtout arrêter de la confondre avec un chanteur. Parce que s'il en est des voix au timbre à la clé de do, Tracy Chapman en est, incontestablement.
Cette jeune demoiselle de l'Ohio, fit son entrée sur la scène internationale par la (très) grande porte en 1988, pendant un concert de soutien à Neslon Mandela. Wembley était sous le charme, et le monde entier n'allait pas tarder à suivre.

Comment résister à ce regard emprunt d'une belle mélancolie, d'inquiétude et d'espoir mélangés ? Quoi de plus fort que de s'intéresser à ceux qui parlent de révolution, à cette époque où l'Apartheid fait rage et où Reagan creuse les inégalités sociales tout en finançant des dictatures en Amérique du Sud et en soutenant les afrikaneers ?
Son premier album (éponyme, original !) est un recueil de chansons écrites dans les années 80 , de perles rares, comme Talkin' Bout A Revolution, Fast Car , Baby Can I Hold You ,She's Got Her Ticket ou encore For My Lover .
Avec un ton désabusé et un discours politiquement incorrect, la belle n'a pas froid au yeux et aborde des thèmes tels que la pauvreté, la violence conjugale mais aussi la guerre ou encore la famine. Sa voix au timbre masculin chante ses aspirations, ses craintes et ses combats, avec une guitare comme seul compagnon.
Six albums s'ensuivront, tous accrocheurs, avec des refrains qui s'imprègnent facilement dans nos têtes, comme pour ne pas oublier la misère, la violence et l'injustice du monde dans lequel nous vivons. Du bluesy Give me one reason au très arrangé Bang Bang Bang qui parle du désespoir d'un jeune garçon dont les rêves sont brisés par un monde enclin au racisme (notre planète encore une fois et oui !), en passant par le très solennel All that you have is your soul ou le plus enjoué Say Halleluiah, Tracy Chapman a le don de chuchoter sa haine et sa rancoeur envers notre société, avec la force du rugissement d'une lionne, et la douceur du miaulement d'un chaton.
Enfin un chaton qui a très vite mué car il a du s'adapter à son environnement, un monde sordide, où tout ce qu'il nous reste finalement, c'est notre âme.

22.10.07

All I know is all I know, and I love you...

Simple et élégante, raffinée et subtile, l'Olympia est sans conteste la salle la plus prestigieuse et la plus sensuelle, parmi les salles de concert que la capitale peut nous offrir. Et c'est effectivement de sensualité dont il s'agit, quand vous arrivez sur les lieux. Boulevard des Capucines, tout près de l'Opéra on peut difficilement faire mieux. Le nom de l'artiste écrit avec ces lettres aguichantes, à l'américaine avec cette police particulière et ce rouge lumineux impressionnent, déjà.
Une fois à l'intérieur, un haut couloir feutré vous emmène, des guichets à l'anti-chambre, avant de se diviser malicieusement pour suivre la configuration de la salle, séparée en deux étages. En haut, mezzanine et balcon, en bas, l'orchestre pour environ deux mille chanceux chaque soir. Vous êtes rapidement charmé par cette univers très chaud, à dominante de rouge. Que l'on soit aux premières loges ou au bout du balcon, on y voit magnifiquement bien, on y entend très bien surtout, avec cette acoustique exceptionelle. L'orchestre et sa moquette flottante sont prêts à vous faire chavirer au rythme de l'artiste. Alors quand ce dernier débarque sur scène accompagné de son batteur et de son contre-bassiste, sur fond de Nina Simone (quelle transition mes amis ! cf. A family affair - two sisters and a new generation) avec une salle illuminée de mille feux roses, vous tombez forcément amoureux (le même rose que lors d'un Sexual healing un soir de France-Espagne, je ne vous en dit pas plus pour l'instant).
C'est donc devant un public acquis à sa cause que The John Butler Trio entre en scène. Six mois après les avoir quitté au Grand Rex, je suis prêt à m'en remettre lein les oreilles. Amateurs de guitare acoustique, suivez moi ! Et la barre est placée très haut dès le début, avec un petit Used to get high pour introduire le nouvel album (enfin le dernier, nouveau du début de l'année), Grand National, une pure merveille et surement le meilleur que le groupe ait jamais sorti. Comme sur les autres albums, chaque chanson a un sens très marqué ou très engagé.
Par ici, une chanson dédicacée à sa femme, Daniella, par là une chanson pour sa fille, Caroline, on retrouve toujours un des thèmes chers à John : sa famille et sa planète, la Terre (et la vôtre aussi, n'oubliez pas...). Et oui, le monsieur est un écologiste très concerné qui joue de temps à autre de la guitare en haut des séquoias pour éviter leur abattage. Sur cet album il y a également le très fort Gov' did nothing, véritable diatribe contre le président Bush et son manque de réactivité face aux dégats engendrés par Katrina.
En plus de nous jouer la presque intégralité de ce magnifique opus, John Butler est un sacré volubile. Ca tombe bien, il sait de quoi il parle. Il nous explique ainsi comment pour lui le mariage était inconcevable, et que le jour où il a vu Daniella, il a trouvé non seulement sa femme mais sa plus grande complice et donc désormais sa seule angoisse est de la perdre. Puis il nous a joué Losing You. Mais je ne l'ai pas sous la main, du coup je vous fais écouter Peaches & Cream, un hymne a ses deux amours, sa fille et sa femme :

A la limite, il n'a même pas besoin de nous expliquer, le message passe tellement bien dans sa musique, le rythme, les paroles, la mélodie. Tout est bien orchestré, on a l'impression de lire dans ses pensées à chaque chanson, et quand on en arrive à une telle osmose avec l'artiste, on sait qu'on commence à aimer vraiment !
Si Ben Harper est l'homme au mille et une guitares (oui, il adore en changer en plein concert) alors John Butler est l'homme qui vallait trois milliards de guitares ! Je vous fait le topo : une 12 cordes, une folk 6 cordes, une weissenborn (présentation bientôt sur vos écrans...de pc), une dobro, un banjo, un ukulélé et je crois qu'on y est (on aura aussi vu une lap slide sur Peaches & Cream et une Angel, un peu avant, sorte de guitare miniature).
On arrive doucement vers la fin du concert (ça fait quand même bien plus de deux heures qu'ils jouent) et John se lance dans une instrumentale époustouflante qui dure facilement 15 minutes..L'artiste est tellement dans un état transcendantale, qu'on en serait presque gêné d'être là, comme si c'était devenu trop intime, qu'on était au bout de son âme.
On aura également le droit à un long solo à la contre-basse (c'est étrange mais qu'est-ce que c'est bon !) et un solo batterie (avec les trois musiciens en même temps). Ils ne veulent plus quitter la scène, on veut qu'ils restent à tout jamais, une soirée extraordinaire. A côté le concert du Grand Rex était une répétition.
A noter toute de même la grosse frustration du début de concert, celle d'avoir rater Kaki King, son dernier morceau était exceptionnel (c'est déjà ça de gagné, je ne l'ai pas loupé celui là). Une frustration semblable, toutes proportions gardées, à celle qu'ont du ressentir les gens venu voir Johnny à l'Olympia en 1966 : "Mince les gars, on a raté Jimi Hendrix, on m'a dit que ça balançait pas mal..." Enfin ce fut vite oublié après cette soirée géniale, et puis ça m'apprendra à rater systématiquement les premières parties, où en général, on s'ennuie vite. Avant la demoiselle, j'étais resté sur la première partie de Chuck Berry où je n'avais jamais vu quelqu'un se faire huer et insulter de la sorte donc forcément, après, on est un peu vacciné.
Bon je n'en dis pas plus et je vous fait découvrir la miss. Quant à John Butler, il avait un full aux dames accordées dans sa manche alors que je m'attendais à un brelan de rois, bluffé !


11.10.07

A family affair - Two sisters and a new generation

Cette musique pouvait donc prendre tour à tour la forme d’une déclaration d’amour passionnée, d’une ode à la sensualité et au plaisir, d’un appel désespéré ou d’un cri de rage revendicateur, ce qui fit qu'elle souffra dès son plus jeune âge d'un sérieux trouble de la personnalité.
Deux courants allaient se dégager: d'un côté la southern soul au son très léché, plus proche du blues, plus "roots"; de l'autre, la nothern soul, plus proche de la pop, plus enjouée, plus urbaine aussi. L'industrie de la musique allait en profiter pour connaître un boum sans précédent. Un combat sans merci allait avoir lieu sous les yeux et dans les oreilles du peuple américain.
A ma droite, 250 décibels de musique soul, des fondateurs frères et soeurs, Estelle Axton et Jim Stewart, ayant signé des artistes comme Eddie Floyd, Isaac Hayes ou encore Otis Redding, ils viennent de Memphis dans le Tennessee, ils aiment la musique, il aiment la southern soul, j'ai nommé...Stax !
A ma gauche le challenger, 300 kilos de barback (non, non, ce n'est pas le label rouge !), ce label nous vient tout droit de Détroit dans le Michigan, son créateur, Berry Gordy a à sa botte un groupe de chanteurs aux partitions acérées et aux voix tailleés pour la nothern soul, des gars comme Marvin Gaye, Stevie Wonder, The Jackson Five ou encore les misses Diana Ross, Nina Simone et Aretha Franklin, donnez tout ce que vous avez pour...Moooooootown !
Bon, certes, il n'y a pas vraiment eu de combat tellement chaque chanson qui sortait de chez Motown était destinée à devenir un tube. Ce label existe encore aujourd'hui dans sa forme originelle alors que Stax a déposé le bilan en 1975 après...18 ans d'activité (toutefois, après 30 ans d'errance et de rachats successifs , le label a refait surface au début des années 1990). La mort d'Eddie Floyd et celle de Martin Luther King Junior à Memphis, cette dernière jetant le discrédit sur la ville et créant un climat tendu entre les musiciens blancs et noirs , avaient précipité la chute inévitable de l'entreprise.
Mais dans un sens, qu'aurait été la musique soul sans Stax ? Il n'y aurait peut être pas eu de Sitting in the Dock of the Bay et encore moins de Wilson Pickett, ou peut être une bande orginale de Shaft beaucoup moins funky. Motown se serait ennuyé ferme sans concurrence. Mais surtout il n'y aurait pas eu de WattStax, le Woodstock noir, comme ils l'appelaient. En 1972, le label avait organisé un concert géant avec tous ses artistes au Watts Stadium de Los Angeles à la mémoire des émeutes noires de 1965 (six jours de violences après une altercation avec des policiers dans le quartier de Watts, 35 morts, 1100 blessés et une vague de révolte dans tout le pays). Sautons donc sur l'occasion pour aller voir le film du même nom (que le concert) qui sort la semaine prochaine au cinéma (si ça c'est pas un blog à la pointe de l'info) !
La soul traversera deux décénnies sans accros tout en inspirant d'autres sonorités cousines qui vont à leur tour graver un sillon sur le grand vinyl de la Musique : la funk du grand James (tout se recoupe les amis, tout se recoupe!) qui a suivi la soul de près tout au long des années soixante-dix ou encore la nu-soul bien plus récente, avec des artistes comme Angie Stone (qui a signé chez Stax cette année d'ailleurs) ou la diva Nu Soul Alicia Keys (nouvel album dans un mois !)
Petite précision, la Nu Soul est un authentique courant actuel (à ne pas confondre avec l'envahissant RnB et son bling-bling/paillettes/bimbo), pas un quelconque patronyme inventé par je ne sais quel journaliste un soir de déprime. Le Nu de Nu soul est logique dans la mesure où cette musique intègre les recettes et l'héritage de la Soul d'hier et les techniques de production d'aujourd'hui. Les mêmes ingrédients sont gardés : l'âme est toujours là, les voix inspirées, les thèmes abordés et principalement l'amour, des formats de chansons populaires.
Voici donc un aperçu de cette grande famille et comme on a pu le voir, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants !
Refermons ce joli chapitre avec le pionnier et la belle héritière...



8.10.07

A family affair - Beginings

Voyageons, une fois n'est pas coutume, à travers les âges pour vous conter la belle histoire de la musique de l'âme, la soul. En effet cette musique possède un arbre généalogique passionnant, dont le premier ascendant est son arrière grand-père, le negro-spiritual.
L'histoire tragique de cette musique débute dans les grandes exploitations aux Etats-Unis au XVIIe siècle, où les esclaves africains, qui ont été interdits de parler entre eux, cherchent à rythmer les tâches pénibles auxquelles ils sont assignés, et à expier leurs souffrances intenables pour tenter de survivre dans ce monde inconnu. Ils chantent alors à capella, en utilisant des phrases courtes, coupées sur le vif, cinglantes. Ces work songs s'échappent de leurs bouches comme autant de déchirures, de cris de douleurs, mais dégagent également un incroyable souffle d'espoir.
Au fil des décénnies, les negro-spirituals, mélanges de musiques africaines et de spiritualité chrétienne, laissent une place de plus en plus prépondérante aux évangiles pour aboutir, après l'abolition de l'esclavage (qui prit alors une forme différente, toute aussi révoltante, celle de la ségrégation), au gospel. Littéralement la "bonne parole" (Good spelle), cette musique prend racine dans ce terreau immonde qu'est l'Amérique raciste du début du XXe siècle. Historiquement, elle fait beaucoup plus référence à Jésus Christ et aux apôtres (les Evangiles) qu'à l'Ancien Testament comme pouvaient le faire les negro-spirituals. La libération du peuple élu par Moïse (Go down Moses, que vous avez du démarrer, ô vous, lecteur attentif) laisse place à la magnificence du Christ et ces jours joyeux où il absolvait tous les pêchés du monde :

...Euh, oups je me suis trompé, pardon, cette fois-ci c'est la bonne :

Cette musique religieuse et urbanisée qui trouve ses adeptes dans les Etats du Nord, ex-unionistes, contraste avec la musique du Diable pratiquée par les afro-américains restés dans les pays plus ségrégationnistes, le Blues. Le Blues, comme cette note "bleue" impalpable, inatteignable qui rendrait fou n'importe quel musicien qui tente de la jouer pour obtenir cette sonorité si particulière, qui permettait aux bluesmens d'évoquer leurs rêves et cette dure liberté qui était leur quotidien, mais aussi leurs révoltes et leurs aspirations. A ce sujet, je vous invite à faire un tour sur mon premier article qui traite du Diable en personne, Robert Johnson...oh et puis on ne vit qu'une fois :

Quelle belle famille ! Ces heureux parents donc, madame Gospel et mister Blues donnèrent naissance à deux beaux bébés au sortir de la Seconde Guerre mondiale. L'un d'eux, beaucoup plus teigneux et joyeux que son papa, prit le nom de Rhytm & Blues et sa jolie petite soeur se prénomma Soul.
Je vous laisse avec Marvin Gaye, pour qu'il vous raconte à sa manière un extrait du prochain épisode, où l'on peut voir (et entendre, c'est ça la magie de la vidéo) que la Soul a déjà bien grandi...

4.10.07

Et le condor passa...


Ahh les années 60...Qui n'a pas un jour rêvé de se lever le matin et, en allumant la radio (ou plutôt la TSF) découvrir les Beatles ou Jimi Hendrix en direct live, sans intermédiaire (oui moi aussi j'ai découvert les quatres garçons de Liverpool sur les vinyls de mes parents) ?
"Tiens, ce petit groupe a du coffre en fait, ça se retient bien ce Let it Be..." Enfin, arrêtons les anachronismes, et penchons nous quelques minutes sur cette décennie musicale foisonnante: les sixties.
Les Sixties. Ca sonne comme un nom de friandises. "Tenez les enfants, prenez ces quelques sous, et allez vous acheter des sixties..." Années sucrées et douces à la fois, pétillantes et acides en même temps.
Le contraste entre cette période et notre époque est saisissant. Maintenant, fini les bonbons, on est plus à l'époque de la chanson réchauffée au micro-onde. Aujourd'hui, on crée un nouveau courant musical dès lors qu'on sort un nouveau CD (tiens mais cette musique, on dirait de la pop'n'funk fusion hip-hop transgoa, c'est nouveau ?), comme si on avait besoin de lui mettre une étiquette et l'artiste le besoin de la décoller. Alors qu'à contrario, en 1960, les différents styles de musique se battent en duel, presque en un contre un, dérivant peu ou proue du rock'n'roll des fifties, la musique du faux black à la banane impeccable, j'ai nommé le King. Parmi ces quelques courants musicaux, on y trouvait la musique folk.
Pour faire de la folk, il ne suffit pas de jouer de la guitare folk (quoique c'est ce que font les deux trublions mis en lumière dans cet article), mais avant tout d'être populaire. Et oui, la musique folk est l'ancêtre de notre pop ! A l'époque ce courant avait bien meilleure presse qu'aujourd'hui, où elle est désormais synonyme de musique commerciale, vidée de son sens premier, créée uniquement pour faire vendre (enfin, en même temps, les requins de l'industrie musicale ne datent pas d'hier non plus, vous allez me dire). Et à ce petit jeu là, deux jeunes new-yorkais de la génération dorée, celle des Dylan et des Joplin, se montrent particulièrement doués.
Nous sommes en 1963, et après plusieurs années de galères, ce duo qui deviendra mythique sort son premier album après sept ans de vie musicale commune (et déjà une séparation...suivie d’un rabibochage dans le studio, comme on dit).
Véritables Starsky & Hutch de la musique, l'un ne va pas sans l'autre. A chaque fois que Paul Simon quitte Art Garfunkel (non, non, n'essayez pas de coller une énième étiquette à ce pauvre Art, juste parce qu'il se nomme Gar"funk"el, ça n'a rien à voir !), le succès leur referme ses portes.
On aura rarement trouvé un duo musical dont les membres sont aussi complémentaires. Le petit brun qui joue de la guitare accompagné du grand blond avec un voix d'ange, il fallait y penser. Avec un nombre d'albums qui se compte sur les doigts d'une main (cinq albums en sept ans quand même!) , les deux acolytes ont su véritablement surfer sur le tsunami musical qui allait ébranler leur époque.
Chaque sortie d'album après leur révélation au monde, fut accompagnée d'une pluie de récompenses et d'éloges. En 1967, bande originale de The Graduate, grammy pour Mrs .Robinson. L'année 1970 voit arriver Bridge Over Troubled Water, leur dernier album, contenant les Cecilia et autres El Condor Pasa, encore une pluie de grammies.
Cette musique gentillette qui reste dans toutes les têtes, et toujours chantée sans fausse note, sonne comme la bande originale des sixties. Ca et All Along The Watchtower (chanson dont je vous laisse chercher l'auteur...) me jette en pleine figure tous les symboles de cette intrigante et fabuleuse époque: les hippies, les fleurs dans les cheveux, les mouvements contestataires, Woodstock, le premier homme sur la lune. La musique a ça de fascinant, elle est capable de capturer une époque en quelques notes.
Simon & Garfunkel ne sont rien d'autre finalement que quelques fous vulcanologues qui tentèrent de s'approcher de trop près d'un volcan en pleine explosion, l'Amérique des années 60, pour en récolter les quelques gouttes de lave qui allaient figer l'Histoire à tout jamais.


26.9.07

Red Hot Chilli Peppers - One Hot Minute


A la question "Quel est le meilleur album des Red Hot Chilli Peppers ?", j'entends souvent les gens répondre : "Blood Sugar Sex Magik, bien sûuuur", voire même certains écoliers me crier avec leur voix pré-pubère : "Californication, monsieur !"
Et à entendre ces deux sons de cloches assez différents (et ce n'est pas juste une question de tonalité...) je ne pourrais que les approuver en leur disant que ce sont les albums les mieux vendus, et que de toute façon tous les goûts sont dans la nature ,et caetera. Mais comme moi aussi je parle le djeuns, j'ai envie de leur dire "retourne écouter tes skeuds, mec".
En effet, on oublie trop souvent, que 4 ans après l'album qui va vraiment les faire découvrir au monde (leur cinquième album !), Anthony Kiedis et ses compères vont nous livrer un album controversé, éclectique et précurseur qui répond au doux nom de One Hot Minute.
Encore aujourd'hui cet album reste un mystère, d'où sort cet album qui ne ressemble à aucun autre ? Pourquoi n'est il plus joué en live ? Essayons donc de lever le voile sur cette énigme à propos d'un CD que tout le monde semble avoir oublié.
Au début des années 90, Les Piments Rouges surfent sur le succès, enfin, après plusieurs années d'errance, en sortant un opus qui contient entre autres leurs titres devenus mythiques, Under The Bridge, Give it Away et Suck My Kiss.
John Frusciante, le guitariste, frustré par tant de célébrité soudaine et semblant prendre la même pente glissante que le chanteur du groupe qui fait leurs premières parties (un certain Kurt C. ou K.Cobain, mais il souhaite garder son anonymat...), mit les voiles en pleine tournée en passant directement par la case "Rehab" (comme cette chère Amy Winhouse et oui !).
Le groupe recruta donc Dave Navarro qui jouait dans le groupe Jane's Addiction (groupe métalo-heavy qui ne ressemble à peu près à rien) et se mit à l'écriture. Il en ressortit quelques mois plus tard ce chef-d'oeuvre (rien que ça).
Un mélange de punk et de funk hyper acidulé, frisant avec le hard rock, servi bouillant avec quelques ballades pour rafraîchir l'ensemble. Chaque titre est le complémentaire d'un autre, chaque chanson a une originalité qui lui est propre.
Pea, chanté et joué par Flea (en toute objectivité le meilleur bassiste du monde, pour la guitare on ne sait pas trop, peut être Jimi Hendrix, mais pour la basse on sait) est d'une justesse malicieuse, les explosifs One Big Mob et Coffee Shop (sans doute le meilleur album de Chad Smith, le batteur) répondent aux calmes Falling into Grace et Tearjerker. Les deux funky Aeroplane et WalkAbout sont dans la tradition du groupe. Et pour finir, il y a cette chanson, que tout le monde a jouée ou freudonnée au moins une fois, le magnifique My Friends.
Cet album est tout simplement ce qu'il manque aux Red Hot d'aujourd'hui. Plus de délire, plus d'impro, plus de risque ! Stadium Arcadium est sympa, Californication est énorme, mais ils ne sont plus jamais sortis de leur son, et sur le dernier, beaucoup de chansons se ressemblent.
Avec Mr Frusciante qui fait sa diva (oui, monsieur ne veut pas jouer cet album parce qu'il n'y a pas participé) et un dernier concert au Parc des Princes qui n'était vraiment pas à la hauteur de leurs habituelles performances, on commence à comprendre pourquoi les amis de ce cher Anthony sont si déprimés : My Friends are so depressed...I feel the question of your loneliness..


24.9.07

Xav' The World !


Reconnectons nous à la réalité, après cette petite semaine de vacances complètement folle, en vous narrant la très (très, très) bonne soirée de mardi dernier, qui commença par un petit coup de fil :
" - Allo, Hugues ? J'suis arrivé, tu es où ? Je suis chaud bouillant, bonhomme !"
" - Salut Lolo, désolé mais tu vas devoir te débrouiller tout seul ce soir, parce que je crois qu'on m'a volé ma caisse ! En tout cas elle n'est plus là où je l'avais laissée !"
C'est donc en mode "Lolo contre le reste du monde" (mon habit de Jack Bauer toujours à portée de main) que je débarquai en plein milieu de Bruxelles, alone in the dark, bien décidé à ne pas rater l'événement qui m'a fait acheter un aller-retour pour la soirée, le concert de Xavier Rudd à l'Ancienne Belgique Box.
Fût-ce là mon premier concert en solo ? J'ai bien peur que non. Lors d'une froide soirée de décembre 2003, le sort avait voulu que je me retrouve tout seul à un concert de Mariah Carey (oui, oui, vous avez bien lu). Tout le monde fait des erreurs, mais celle-ci va sûrement me coûter le peu de lecteurs qu'il y a sur ce blog. C'est malgré tout avec plaisir que je continue mon histoire pour toi, cher internaute égaré par une recherche mal construite.
Après avoir sauté à motié par hasard dans un tram', me voilà donc devant la salle, place de la Bourse, en plein centre de cette magnifique ville belge, qui se rappelait à mes bons souvenirs. Je me faufile entre les traditionnels chercheurs de places, je rentre et hop me voici pile à l'heure, devant la scène, dans une salle étoilée des murs au plafond, un peu plus petite que la fosse de l'Olympia, en totale synchro avec notre artiste de ce soir, qui venait juste de poser ses mains sur sa guitare.
L'artiste en question est donc Xavier Rudd, véritable homme-orchestre du XXIe siècle, connu aussi sous le nom de "Mr Peace" (en effet, à côté de lui, Jack Johnson est un nevrosé). Certains artistes jouent de la guitare et de l'haromica en chantant, d'autres mélangent le piano et le tambour. Xavier Rudd, lui, joue de la guitare(slide, folk et électrique), du dijéridou (trois modèles différents à chaque concert), de la batterie, des percus (non ce n'est pas fini), de l'harmonica et il chante en plus !
C'est au beau milieu de cette artillerie musicale, qu'il se place en entrant sur scène, cheveux et barbe hirsutes dépassant à peine de ce véritable édifice. Le drapeau aborigène étendu sur sa gauche nous prévient d'entrer du périple qui nous attend, fermons notre poche ventrale et préparons nous à voyager à travers le continent australien, en bondissant de merveilles en merveilles tel un "kangaroo" , ébloui par la beauté de la nature, vierge et éclatante.
Tantôt jaune comme le soleil océanien, tantôt bleuté comme la nuit canberrienne, les jeux de lumière se marient à merveille avec l'ambiance qui règne ce soir, rythmée par les percussions et les cris de ces instruments ancestraux, en forme de grandes pailles qu'on nomme les dijéridous. Tiens, la salle s'illumine d'un vert châtoyant sur ce ciel étoilé, je viens de voir ma première aurore boréale.
Le public rigole avec l'artiste, de blague en blague, de chanson en chanson, de Fortune Teller jusqu'au joyeux Messages, en passant par l'hymnesque Let Me Be. Xavier Rudd nous en donne d'ailleurs une version extra-terrestre de quinze minutes, prolongée par le public pendant une éternité, la pendule semblant s'être arretée, alors que, l'artiste, lui, l'était vraiment, subjugé par cette foule qui, depuis cinq minutes, faisait son propre concert !
Tout le nouvel album y passe en plus des classiques , et quel album les enfants. Il touche à tout, pouvant jouer simultanément de la gratte, du dijéridou et des percus ! Et quel souffle incroyable, jouer d'un si grand instrument à vent pendant parfois vingt minutes d'affilée...sur un show marathonien de 2H30!


Epoustouflant. Je ressors de là complètement bluffé, tout y était réuni : le contexte, l'ambiance, la qualité de l'artiste mais surtout la sincérité de l'homme. C'est donc ravi et un poster en main (souvenir oblige) que j'allais déguster avec Hugues et sa charmante demoiselle, une poignée des
meilleures frites du monde, après être passé dire bonjour à un autre ami, ce cher Florent (comme quoi finalement, je connaissais un peu de monde sur place, dommage que cet ebayeur que je chéris maintenant n'avait qu'une place à vendre).
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. En effet, sur le chemin du retour, nous tombâmes (et bam!) nez à nez avec le héros du jour, Mister Xavier "Peace and Love" Rudd.
"Allez Lolo fonce tu vas le regretter toute ta vie sinon".
Sous les recommendations d'Hélène, c'est le pas mal assuré que je m'avançais donc pour taper la discute avec ce cher Xavier Rudd, d'une incroyable disponibilité, qui avait l'air de connaître comme des amis d'enfance tous les quidams qui attendaient là depuis la fin du concert pour partager une once de son univers.
Bon d'accord, j'aurais voulu lui poser mille questions, et, rattrapé par l'evenement je lui ai ressorti le vieux disque rayé du groupie de base "it's was so amazing, what a wonderful show", j'en passe et des meilleures. Mais j'ai quand même réussi à lui glisser mes impressions du soir : "your show is like traveling through Australia, it's so beautiful" (bon d'accord je n'y ai jamais mis les pieds mais c'est pour bientôt j'espère).
Sourire bloqué et poster signé, je m'enfonçais dans la brume brusseloise, accompagné de mes hôtes (dont la voiture était en fait à la fourrière) , avec l'impression d'une soirée bien remplie.
Mince, je crois que je suis encore "fan de".

15.9.07

Where is my mind ?


Certains étudiants ont souvent une grosse peur de la page blanche, à plus forte raison dans les milieux littéraires (en maths en général, quand on ne sait pas, on ne sait pas). Chez les musiciens, la plus grande hantise, ce serait plûtot le deuxième l'album. Comment faire mieux que l'album qui vous a fait connaître et exposé aux yeux de tous ?
Pour y remédier, certains artistes n'ont pas froid aux yeux. Ils ont envie de toucher à tout, de tester, de ressayer, de changer de ton, voire même de changer de musique, et c'est assez souvent la catastrophe, à la manière des acteurs qui se mettent à chanter, où les chanteuses qui se mettent à jouer (mais non, je ne vise personne là...).
D'autres y arrivent à merveille. Ils commencent avec du rock, passent à la pop, jouent des balades soul, (ce que ces mêmes étudiants appelleraient des "slows" d'ailleurs, enfin des collègiens...), tout en gardant une toile de fond, une identité.
Lenny Kravitz est de la graine de ceux-là. De ceux qui, un matin, ont envie de jouer un rock psychédélique à la Hendrix (Are you Gonna Go My Way), et le lendemain, se prennent à jouer une petite soul sucrée des familles (It ain't over 'til it's over). On pourrait penser que ces deux titres phares se trouvent sur son premier album, celui qui l'a fait découvrir au monde, et bien détrompez vous, Lenny sort des hits à chaque nouvel opus ! On trouvait déjà Let Love Rule sur le premier ainsi que Mr Cab Driver, il enchaîne avec Always On the Run et Stand By my Woman, sur Mama Said (1991) puis vient Are You gonna Go my Way sur l'album du même nom en 1993. S'ensuit le très groovy Rock'n'Roll is Dead sur Circus en 1995, que des titres je vous dis ! On citera enfin American Woman et I Belong to you, tous deux sorties en 1998, sur Five.
Et la je vous entends déjà me dire :" C'est bien joli tout ça mais t'as oublié Baptism, le dernier, c'est quoi c'te daube ?"
Et je répondrais que je vous trouve un peu dur, là. Certes, c'est un peu du déjà vu (et quelle horrible couverture, je vous en fais grâce). Mais il y a malgré tout, dessus, le très bon When are we running. A croire que la plus grosse crainte du musicien est finalement comment survivre après son best of. Bon, qu'on se rassure le rocker new-yorkais nous prépare une révolution d'amour pour l'année prochaine (It's time for a love revolution, février 2008), mais on est quand même en droit de se poser la question suivante : Où es-tu passé Lenny ?


14.9.07

Hope that Otis's reading...


San Francisco, ville trépidante du nord de la Californie, renferme plusieurs pépites qui lui sont si caractéristiques. Quand vous montez dans ces rues, vous sentez la chaleur du volcan éteint qui jadis explosait de toute sa force et fit l'histoire de la faille de San Andreas. Vous êtes harassé par la pente vertigineuse de ces routes, qui vous emmènent indubitablement vers Twin Peaks et son panorama de 360°. Fatigué, vous prenez un cable-car qui vous emmène et qui grimpe, jusqu'on ne sait trop où, au paradis, sûrement.
Après quelques tours et détours, de la Lombard Street, jusqu'aux maisons victoriennes, vous décidez de profiter du vent et du soleil, plus proche de la mer, vous arrivez devant le Golden Gate Bridge, majestueux, d'un rouge profond et brûlant. Puis vous flanez sur le long de la côte, sur les ports. Vous décidez de vous arreter, face à la mer, Alcatraz, en ligne de mire.
Vous êtes assis sur le port de la baie de San Francisco , et vous restez la toute la journée (sittin in the morning sun, i'll be sitting when the evening comes), à penser à la vie, votre solitude vous étreint, elle est là, seule, à vous tenir compagnie. Le vent souffle et rafraîchit sur vos joues, brûlées par le soleil californien, et vous pouvez laisser libre court à vos rêveries, en regardant les vagues (watching the ships roll in) en écoutant les vagues, même.
Otis Redding pourrait nous emmener n'importe où on le suivrait les yeux fermés. On sent tout l'esprit de la musique soul transparaître de ses textes, avec cette voix unique, aux confulents du rhythm and blues et du gospel. Cette chanson m'évoque une jolie tristesse, fleurtant avec la mélancolie. Ce texte est d'autant plus triste qu'il s'agit de la dernière chanson qu'a enregistré Otis Redding en décembre 1967 juste avant, dit-on maintenant, que sa carrière ne prenne un virage "pop". Quelques jours avant que son avion, lui aussi, ne prenne tragiquement un mauvais virage, au dessus du lac Wisconsin, et nous laisse orphelin d'une des plus belles voix américaines du XXe siècle.

13.9.07

Movin' to the country, gonna eat a lot of peaches...


Grungy ! Et non, comme vous le savez surement Kurt et sa bande n'étaient pas les seuls à faire du grunge, loin s'en faut. Ce genre musical du début des années 90 englobe en fait tout ce qui ressemblait à du rock énergique, et dont les textes symbolisaient la morosité des jeunes américains en cette fin de deuxième millénaire.
Mais parmi les rockeurs énergiques de l'époque, certains ont réussi à se frayer un chemin jusqu'aux années 2000 ( ceux dont je parle ont sorti leur dernier album, Love Everybody, en 2005) sûrement grâce à leur loufoquerie et leur esprit fun éléctrique ! Vous les avez reconnus, je les ressors du grenier pour vous, il s'agit bien évidemment des Presidents of the United States Of America !
En 1995, en pleine époque post-grunge, trois jeunes musiciens complètement déjantés débarquent avec un album survolté qui va réveiller tous les gamins dépressifs d'Outre-Atlantique, endormis dans leur garage à essayer de recracher trois pauvres accords de Nirvana. Bam ! L'hymne planétaire Lump débarque dans les chaumières et fait dresser les cheveux des parents de ces petits jeunes qui retrouvent peu à peu leurs couleurs. La chanson leur donne le choix, soit ils viennent se bouger avec le groupe et sauter dans tous les sens, soit ils restent "lump" et ils font leurs grosses feignasses comme une des groupies de P.U.S.A. dont le chanteur Chris Barrew , se demande si elle n'est pas morte maintenant (she's lump, she's lump, she might be dead) depuis qu'elle ne tourne plus avec eux pour faire la fête.
Voilà donc un hymne au "partying" qui n'a pas pris une ride depuis... à peine douze ans qu'il tourne sur toutes les radios du monde. Leur album éponyme dont Lump est issu est un savant mélange de ballades absurdes et de rock sauvage, un régal.
Et tout ça avec une guitare à trois cordes et une basse à deux cordes ! Chaud devant !
Celle au saumon, ma préférée, Dune Buggy :



Un saumon avec son coulis de pêche, je n'ai pas pu résister !